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Full text of "Cure Marine. Respectueusement dedie aux meilleurs clients des medecins de la Province de Quebec"

CURE MARINE 



Restons chez nous." 

Pierre L'ERMITE 



Respectueusement dédié aux meilleurs clients des 
médecins de la Province de Québec 



PAR 







,\\ 



The EDITH and LORNE PIERCE 
COLLECTION of CANADI ANA 




Queen's University at Kingston 



5^z 






LE JOURNAL DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 



CURE MARINE 



Restons chez nous." 

P. L'Ermite. 



Respectueusement dédié aux meilleurs clients des 
médecins de la Province de Québec, 



Le mois de février ramène invariablement la conversation sur le 
coût des loyers, (depuis trop longtemps l'on parle du coût de la vie), 
et, par incidente, sur les projets de vacances. Me permet-on de gloser 
un peu sur ce sujet, à la canadienne f 

Tout le monde a besoin de repos. Pour Fhomme bien 
portant, sept heures de sommeil ne sont pas de trop sur vingt- 
quatre, un jour de chômage par semaine lui donne le temps de 
songer à autre chose qu'à du pain, et chaque année, les habitudes, la 
mode et le snobisme mis à part, il est entendu, c'est entré dans les 
moeurs canadiennes, qu'une digression complète et assez longue au 
travail habituel, sous un autre climat, ou pour le moins dans un 
autre milieu que celui qui absorbe les instants de chaque jour, est 
très salutaire et réconfortante. 

Dans l'esprit de tous les travailleurs de ville, j'entends par là 
surtout les bureaucrates et les ronds-de-cuir, l'idée des vacances est 
plus enracinée peut-être que dans l'esprit de tous les écoliers du 
monde, avec cette différence que ces derniers escomptent uniquement 
en imagination les joies de la famille et les courses au champ dans 
le village natal, tandis que les citadins travailleurs, à l'instar des gens 
aisés, rêvent d'ébats plus sélects, sur des plages lointaines, sur le 
sommet des montagnes, le long des rivières, dans un hôtel fashionable 
des places d'eau réputées telles, voir même au sein d'une forêt touffue 
ou sur les bords d'un grand lac bleu, parsemé d'îlots sauvages. 
Chacun a son caprice et ses goûts, et chacun fait, éveillé, les rêves 
qu'il lui plaît, prend par l'imagination l'envol de ses désirs, et c'est 
en ne consultant que ceux-ci, très souvent, qu'il prépare et choisit, 
longtemps d'avance, l'endroit où il ira s'abattre et s'ébattre, l'été qui 
vient. L'on n'oublie qu'une chose: c'est, qu'en cela comme en tout 
ce qui nous concerne, l'on ne saurait être bon juge. 

Au risque d'en scandaliser plusieurs, sans en donner les raisons 
ni les détails, de façon dogmatique, tant la vérité m'apparaît nette et 



LE JOURNAL DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 

claire, je pose en principe que même l'homme bien portant ne peut 
être juge, pour lui-même, du genre de vacances susceptible de lui 
apporter la plus grande somme de bien-être additionnelle. Un bon 
médecin, je souligne l'épithète bon, peut seul dire ce qui convient le 
mieux à notre organisme. Pays plats, altitude, odeur des sapins, 
ozone des montagnes, eau douce ou eau salée, bains de chambre ou 
bains de mer: tout cela dépend beaucoup du tempérament et des 
habitudes; cela dépend davantage des conditions organiques dans 
lesquelles nous sommes. 

Je suppose que l'on vous dise: Ce qui vous convient le mieux 
dans le moment, c'est une cure marine. Où irez-vous? A Atlantic 
City ? A Old Orchard ? Très bien, si vous aimez le fla-fla, le flirt 
obligatoire, l'esbroufe et le clinquant. Encore qu'il ne soit pas très 
certain qu'une cure, en de telles conditions, puisse être quelque peu 
salutaire. 

Mais si votre bourse ou vos goûts s'accommodent mal d'un centre 
réputé fashionable, si les distractions coûteuses ne vous tentent pas, 
si vous recherchez de préférence le confort sans étiquette, le calme 
sans ennui, le bien-être sans futilité, si, enfin, à tous les paysages 
du monde vous préférez ceux que bornent les horizons canadiens, où 
irez-vous ? 

Laissez-moi donc, d'abord vous dire ce que cest qu'une cure 
marine, à la fois véritablement une cure de repos, et où on la trouve, 
chez-nous. Alors vous n'aurez plus que l'embarras du choix. 



Une cure marine comprend l'air marin et l'eau de mer. 

L'air marin se distingue surtout par sa pureté, sa densité plus 
grande, sa température plus stable, son humidité, et ce fait qu'il 
tient en suspension des particules salines. Son action sur l'organisme 
est éminemment tonique et vivifiante, bien que ses premiers effets 
appréciables sur le système paraissent plutôt alourdir et calmer les 
nerfs. 

Quelque chaleur torride qu'il fasse à Montréal, s'il vous est 
donné de franchir d'un bond, c'est-à-dire en un jour de chemin de 
fer, l'espace qui nous sépare de l'eau salée, de Eimouski par exemple, 
vous n'oublierez jamais la nuit délicieuse qui suivra à dormir, fenêtres 
ouvertes, laissant pénétrer jusqu'à vous les effluves de la mer. C'est 
d'un sommeil de plomb que l'on dort en respirant cet air vif et péné- 
trant, et c'est armés d'un apétit vorace que le réveil nous trouve. 
A tel point, qu'il faut même, au début, savoir se défendre contre ces 
deux effets invariables, sommeil et appétit, constants chez ceux qui 



LE JOURNAL, DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 

n'ont besoin que de repos et qui ne sont pas trop, par ailleurs, énervés 
ou déprimés. Et même ceux-ci, s'ils commandent à leur appétit et 
savent le réprimer, 'sils ne s'abandonnent pas aux siestes longues et à 
l'inaction, ils se sentiront vite réconfortés uniquement par la vie à 
ce grand air nouveau respiré dans les courses aux champs, à Torée 
des bois, sur la grève, au sommet des falaises qui bordent chaque 
village le long du Saint-Laurent, voire même uniquement sur les 
chaises longues d'une villa. 

Il faut savoir cependant dans quelles conditions cet air de la 
mer doit se respirer pour être bienfaisant. 

L'expérience a démontré que, dans les habitations tout à fait au 
bord de la mer, l'air est un peu trop humide et trop froid. Avant 
d'arriver aux poumons, il est de beaucoup préférable qu'il se soit un 
peu réchauffé sur les cailloux de la route et qu'il ait laissé le trop 
de son humidité aux branches des arbres qu'il rencontre. Il arrive 
ainsi moins acre, moins humide, avec en plus le bouquet particulier 
des bois qu'il traverse. 

Quand il vous sera donné de construire une habitation au bord 
de la mer, choisissez de préférence le monticule qui l'avoisine 
avec, si possible, entre elle et lui, un jardin touffu ou un bocage. 
C'est le site idéal. 



Les bains de mer, tels qu'on les prend sur le littoral du Saint- 
Laurent, sont généralement des bains tempérés au sud, et plutôt 
froids au nord. Cela s'explique ainsi. 

Du côté nord, il n'y a pas de batture. Les falaises sont escarpées 
et, à dix pieds du rivage, mer haute ou mer basse, il y a toujours de 
l'eau. 

Du côté sud, au contraire, les battures sont très larges et restent 
exposées au soleil durant plusieurs heures entre chaque marée. Quand 
la mer monte, ses vagues se réchauffent sur le sable ou les galets de la 
rive que le soleil a surplombée. 

Pour que le bain de mer soit salutaire, il faut observer en le 
prenant les règles prescrites par l'hygiène. Tout le monde connaît 
ces règles, mais un petit nombre les met en pratique. C'est peut-être 
pour cela que l'on ne rapporte jamais d'un séjour à l'eau salée la 
somme de santé qu'on devrait y puiser. En principe, croyez-moi, il 
vaut mieux ne pas prendre de bains plutôt que de ne pas s'astreindre 
aux règles qui les régissent. La cure d'air seule ne peut être que 
profitable. Les bains mal pris peuvent être funestes. Mais soit 
indisposition particulière, température peu- propice ou marée tardive, 



LE JOURNAL DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 

pour une raison ou pour une autre, ce n'est pas tous les jours que l'on 
peut séjourner longtemps dans l'eau. 11 faut savoir exercer son juge- 
ment et être raisonnable. Voici, en somme, les règles qu'il importe 
de connaître et de suivre à la lettre pour éviter tout mécompte. 

(1) L'on ne doit jamais se jeter à la mer quand on a froid. 

( 2 ) L'on ne doit pas attendre le troisième frisson pour en sortir. 

(3) Il est sage de se retirer au premier frisson. 

(4) Il importe de s'arracher après le second. 

(5) La réaction qui suivra doit être vive, forte, et entière. 

(6) La marche forcée, les culbutes ou les sauts sont les plus 
pratiques moyens d'obtenir vivement et sûrement cette réaction. 

(7) Est-il besoin d'ajouter qu'on ne se jette jamais à la mer 
que lorsque la digestion est faite ou à peu près, c'est-à-dire pas avant 
trois heures et demi après un repas complet. 

J'aurais tort, assurément, de ne pas attirer, dans cette cau- 
serie, votre attention sur l'avantage qu'il y a à savoir nager et la 
nécessité pour tout le monde de l'apprendre. Voulez-vous, tout de 
même, vous épargner des remords et vous éviter à vous-même et aux 
autres bien des accidents ? Tout l'été, rappelez-vous donc ceci: 

(1) N'emmenez personne en canot tant que vous ne savez pas 
nager pour deux. 

(2) Ne vous levez pas debout dans une chaloupe ni ne la faites 
jamais balancer. 

(3) N'allez pas loin, à la nage, sans une chaloupe. Nagez 
parrallèlement au rivage. 

(4 En face du danger, gardez votre sang-froid. 

(5) Au début des vacances, renseignez-vous sur la conduite à 
tenir en cas d'accident, et exercez-vous au sauvetage avec vos compa- 
gnons de bains. Mais toujours avec méthode et prudence. 

Je n'insiste pas sur les méthodes et les moyens. Il suffit de 
mettre sur la piste le premier touriste de profession pour connaître et 
pratiquer ces choses-là. C'est d'ailleurs un amusement superbe que 
d'apprendre à faire le sauvetage de quelqu'un qui n'est pas en danger. 



Le long du fleuve Saint-Laurent, l'eau n'est salée de façon per- 
manente qu'à partir des environs de Kamouraska. C'est là que com- 
mencent vraiment les places d'eau salée de la province de Québec pour 
se continuer, sans interruption, sur un parcours d'au moins deux 
cents milles. 

Je ne conçois pas que dans le choix d'un endroit de villégiature 



LE JOURNAL DE MEDECINE ET DE CHIRURGIE 

sur les bords du fleuve Saint-Laurent Ton puisse hésiter entre le côté 
sud et le côté nord. J'ai dit à demi pourquoi. 

Au nord, il n'y a pas que l'eau qui soit froide. La température 
l'est aussi. L'on ne peut même pas dire qu'elle y soit tempérée. De 
ce côté-là, une semaine suffit à l'expérience. 

Le côté sud, à l'avantage de ses grandes battures que 
le soleil réchauffe, joint celui des courants chauds qui lui 
arrivent des côtes atlantiques américaines, dès que les glaces du golfe 
sont fondues. La température du fleuve de ce côté monte alors très 
sensiblement, et à l'intérieur des terres, dans le cours des mois de 
juillet et d'août, elle ne diffère pas de bien des degrés avec celle de 
Montréal. Ce qui manque à notre région et fait tout le charme de 
là-bas, c'est la succession invariable du flux et du reflux, deux fois 
par vingt-quatre heures, ramenant invariablement la brise rafraî- 
chissante du golfe. On la sent venir comme on la sent s'éloigner. 
On ne lui dit jamais adieux, mais aurevoir. 



Devrais-je dire qu'il y a comme ailleurs des contre-temps ? Il y 
en a partout. Partout il pleut, et partout quand il pleut, les vacances 
et les gens sont maussades. Surtout, le vent de nord-est venant du 
golfe, quand il pleut, est d'un désagréable plus que parfait. Mais ce 
n'est là qu'un inconvénient, et je ne vous quitte pas sur cette pers- 
pective. Ça n'aurait pas l'air de la cure dont j'ai voulu vous 
entretenir. Allez plutôt gaiement vers le golfe, cet été. Choisissez 
d'avance, un endroit de villégiature d'un accès facile et commode, 
approprié à vos goûts et aux exigences de votre santé. Vous m'en 
donnerez des nouvelles. 




'{LuxrT^m^